Le Sportnographe

Ce n’est pas la faute à Canadien

Sherbrooke – Le plus spécialiste des experts professionnels payés pour vous informer et non pour vous surprendre vous le dira, vous l’expliquera et vous le répétera, Canadien n’est plus le même depuis le 23 décembre maudit. Aujourd’hui, déjà, il y a Canadien avant le 23 décembre et il y a Canadien après. Jadis, Canadien était si bon et si chimiquement lié par un esprit d’équipe unie qu’il ne pouvait faire autrement que de remporter la victoire. Aujourd’hui, Canadien ne va plus. Il cafouille, trébuche et s’effondre. L’effort, lui, tourne en rond. Il ne sait plus. De son côté, déçue ou vexée, la confiance s’est envolée ; timide ou épuisée, la chance, elle, a pris congé. La tête préoccupée cherche et s’analyse, mais le coeur désabusé n’y est plus. 23 décembre maudit, qu’as-tu fait à Canadien ? Or, ce damné 23 décembre, c’est vous qui l’avez créé. Pas vous, très cher lecteur, mais lui. Oui, vous. Ne me regardez pas comme ça. C’est vous, avec vos statistiques et vos chiffres bien alignés dans de beaux tableaux, qui avez détruit la confiance si fragile de Canadien.

Sans vous qui dévorez colonnes et rangées à la recherche d’une vérité inventée, Canadien irait bien mieux. C’est vous qui avez brisé Canadien. Et dire que, depuis toujours, je pensais que ce n’était qu’une simple date, mais, vous, vous l’avez transformée en un gros méchant monstre vert mangeur de confiance (ici, au Sportnographe, on imagine ce monstre comme étant bien sûr vert, plutôt grand et plutôt châtain, vraiment vieux et vraiment poilu, avec de grosses dents pointues et quelques taches sur le haut du corps).

Ce n’est pas la faute à Canadien. Non, fidèle lecteur, Canadien n’y peut rien. On ne peut pas jouer contre une vieille statistique et encore moins avec un méchant monstre mangeur de confiance sur le dos.

Ça sent la coupe. Chapeau. C’est vous qui clamiez ça, non ? Les arbres bourgeonnaient peut-être et, oui, de leur courte hibernation, les ours se réveillaient. Or, ce n’était pas encore le printemps mon très cher. Ça sent la coupe. Crédit à vous. Non, pas à vous… À lui. C’est certain que le titre a du punch. Mais vous vous imaginez la pression. Ça sent la coupe. Il faut choisir ses mots. Le Baron vous l’aurait dit : il ne faut jamais goûter l’ours avant de l’avoir tué (et ça, il suffit de l’essayer une seule et unique fois pour comprendre et ne plus jamais recommencer). Il est sage le Baron, et, laissez-moi vous le préciser au passage, c’est un sacré pêcheur. Ne pas goûter l’ours avant de l’avoir tué. C’est tout simple me direz-vous. Or, ce n’est pas Canadien qui a goûté à la précieuse coupe avant de l’avoir gagné (car, oui, ici, on peut très bien faire un parallèle entre l’ours et la coupe), mais c’est bien vous, non pas vous, lui, oui, vous, qui avez décrit le goût de l’ours avant de l’avoir réellement goûté.

Sans vous et vos grandes interrogations affirmatives, Canadien jouait chacun de ses matchs, il les prenait un par un et il remportait souvent la victoire. Oui, il était quatrième et tout allait pour le mieux. Maintenant, il est cinquième et rien ne va plus. Et demain ? Ça sent moins la coupe ? Pourtant, il y a moins d’un mois… Oui, oui. C’est vous qui clamiez haut et fort que ça sentait la coupe à Montréal avec un petit point d’interrogation. Imaginez la pression. Ce n’est pas la faute à Canadien. C’est vous qui l’avez déconcentré et maintenant il est plus que troublé, il est sans confiance. Tout nu devant l’adversaire.

Pauvre Canadien. Et vous le huez, maintenant. Hier, avec vous, Canadien récoltait les points dans la défaite ou la victoire. Aujourd’hui, sans vous, Canadien essaie de retrouver la chimie. Triste histoire. Et j’aurais pu continuer.

Il n’y a pas si longtemps, un peu partout, les experts des sports amateurs et professionnels commençaient à changer leurs prédictions. Canadien ne terminerait pas la saison huitième ou neuvième, mais il pourrait peut-être même rattraper le Buffalo d’ici la fin. À ce moment-là, une chose était certaine, Canadien faisait les séries puisque ça sentait déjà la coupe avec un petit point d’interrogation. Les séries étaient dans la petite poche arrière du Tricolore et Canadien était définitivement une des bonnes équipes de la grande ligue. Les grosses équipes n’avaient qu’à bien se tenir, car, votre équipe, Canadien, pouvait et il allait. Canadien avait le vent dans le dos, le vent dans les voiles et le vent dans les cheveux (c’est toujours mieux pour la photo, non ?). Canadien soufflait espoirs, attentes et passions dans les coeurs des partisans. Il n’était plus une équipe potable, mais une organisation chimiquement bien composée de champions gagnants. Par magie probablement, Canadien avait soudainement de la profondeur et du gros potentiel. C’était l’équipe unie qui a gagné la dernière coupe Stanley. Voilà, tout le monde s’entend, Carbonneau est un chimiste. Tout un chacun distribuait ses A+. Cependant, avec vos louanges et vos grandes déclarations, les autres équipes ont eu vent du talent de Canadien et elles veulent maintenant battre les meilleurs afin de se valoriser.

Ce n’est pas la faute à Canadien. Canadien est désavantagé, car, dans le fond, les adversaires sont juste meilleurs.

Ça sentait la coupe en vous accrochant à l’édition de 1992-1993, et vous aviez une excellente raison de vous y agripper. Laissez-moi vous rappeler votre équipe en ordre alphabétique… Aebischer, Bonk, Bouillon, Dandenault, Downey, Higgins, Huet, Johnson, Koivu, Komisarek, Kovalev, Lapierre, Latendresse, Markov, Murray, Niinimaa, Perezhogin, Plekanec, Rivet, Ryder, Samsonov, Souray, Steve et Streit… Oui, vous les aimez et on les aime parce qu’ils sont payants dans les engins de recherche. Oui, ils sont attachants. Oui, ensemble, ils forment et sont Canadien. Or, sur papier comme disent les collectionneurs de statistiques, Canadien ne se démarque pas tellement de la concurrence. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le papier.

Les victoires ne rentrent plus. À la maison comme dans ses valises, Canadien ne marque plus et commence à trouver le temps long, de plus en plus long. L’avantage numérique ne fonctionne plus. Certains veulent échanger Carbonneau, et d’autres clouer Samsonov dans les estrades des mineurs. Il est temps d’aller chercher Forsberg. Ah oui ! c’est vrai. Il fallait un deuxième centre à Canadien.

Pauvre Canadien. Un jour, il est presque champion, et, le lendemain, le vent change brusquement de direction et il est à rebâtir.

Ce n’est pas la faute à Canadien. Non, fidèle lecteur, Canadien n’y peut rien. C’est le vent qui fait maintenant face à Canadien. Or, le Baron le dit et le répète à qui ne veut pas nécessairement l’entendre, tout ce qui monte finit par redescendre. Quel homme ! Oui, la descente est abrupte et elle pourrait même se nommer à ce point-ci une chute, et, il faut le dire, Canadien s’est sans doute enfargé les patins dans le haut de la côte. De loin, ça semble faire très mal. Ce n’est pas la faute à Canadien. Pauvre petit. Il déboule, et, comme vous le savez, ce n’est pas drôle de débouler lorsque ce n’est pas nous qui nous sommes lancés dans l’herbe verte.

Tout d’abord (vous ne vous attendiez pas à ça, n’est-ce pas ?), c’est très triste de perdre pied sur une date maudite. Mais comme le Baron s’exclame souvent, après la pluie vient le beau temps. Je me dois de lui donner, ou lui lever (je ne suis jamais certain), un chapeau pour ça parce que c’est souvent vraiment vrai, il me semble. Et, ici, comme vous l’avez remarqué, on s’inspire toujours des propos du Baron pour nous forger une opinion et, aujourd’hui, comme à notre habitude, on arrive avec une solution faite sur mesure à Canadien.

Ce n’est pas la faute à Canadien.

Pour ranimer le Tricolore, il faut aller chercher un joueur à histoires. Le genre de joueur qui s’impose à l’extérieur de la glace. Le genre qui fait parler de lui. Avant, avec Mike Ribeiro, José Théodore et Pierre Dagenais, Canadien avait une bonne relève. On pouvait écrire des histoires. Les spécialistes ne savaient plus où donner du regard, et le Sportnographe vivait grassement de tous ces mots à potins plutôt payants. Or, depuis qu’ils sont partis, les performances de Canadien doivent remplir les cahiers des sports. Elles sont analysées, démystifiées et interchangées. Canadien a trop de pression, et, comme vous le constaterez en les lisant, le mot pression ne rime pas avec confiance. Pour retrouver la confiance qui se veut un atout important dans le monde actuel, Canadien doit faire parler de lui à l’extérieur de la glace. N’importe quoi. Tenez, une sortie au cinéma pourrait être une option et même une solution. Sinon, il faut trouver un nouveau bouc émissaire. Quelqu’un de fiable qui serait prêt à nous concocter des histoires bien juteuses. Pensez-y, on se répète, mais ce n’est pas pour rien… Ce n’est pas la faute à Canadien.

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