Auteur: Réal Munger

C’est ça qui est ça…

Classement final du Tour de France : 1- Lance Armstrong 2- on s’en fout. Je crois que c’est Foglia qui a écrit ça en 2002. On répète cette année. On attendait les Euskatels, ils ont passé la journée les doigts dans le nez. Mayo ? Le grand maître de la montée ? Il n’a même pas essayé de venger les 4 minutes que le peloton a prises sur lui quand il est tombé la semaine passée. Hamilton ? Son chien a le cancer il paraît. Il roule avec son collier au cou. Et à voir sa performance aujourd’hui, il doit être lourd son collier. Ullrich ? je vous garde le suspense…

Les premiers 150 km, c’est de la marmelade. Rien a signaler, même pas un caillou. Le vrai moment, c’est les deux cols à 172 et 189 km du départ. Le premier, aucune histoire à raconter, sinon qu’il pleut des clous. Dans la descente, Ullrich attaque. De la confiture. Armstrong le rattrape avec son équipe et arrivés à La Mongie, il commence tranquillement à l’étendre sur son petit pain français. Le temps d’une pause pub et Armstrong, qui se fait tirer par son petit Azevedo, a déjà trente secondes sur Ullrich. C’est l’hécatombe. Ullrich donnera 2 minutes 30 secondes à Armstrong. Hamilton en donnera plus de trois et le reste, on s’en fout éperduement.

À l’arrivée, on voyait Armstrong à bout de souffle. Mais en comparaison d’Ullrich avec sa bouche ouverte et son air de mort-vivant, il avait l’air d’une jeune fille s’en allant au marché. Ce fut difficile pendant 8 kilomètres. Ce sera facile pendant les 1500 qui restent. Armstrong l’avait compris depuis longtemps. Il souriait sous la flamme rouge. Jan lui, souffrait loin derrière.

Des grillades et autres histoires

Canada va pas bien en ce début des Jeux et on doit ça à bin des facteurs et bla et bla et bla. N’empêche, on a eu du bin bon sport cycliste quand même. Le grillon italien Bettni a remporté l’or sur la route d’Athènes, suivi d’un Portugais inconnu et du fils de l’autre, Axel Merckx. Du beau. Quant à Bessette, elle a trébuché sur la nouille Van Moorsel qui avait oublié de regarder en avant. Il ne faut jamais négliger l’importance de regarder en avant, peu importe le sport (à part au base-ball quand on est au monticule et qu’il y a un joueur au premier qui s’avance mais le base-ball, c’est pas un sport). Pour de plus amples informations sur le pourquoi du comment que le gars il se fait surnommer le grillon, lisez la dernière chronique de Munger, qui en jase pas à peu près…

Chapeau Richard !

Non mais qu’est-ce qu’on s’emmerde quand même hein ? Le Tour est commencé depuis deux semaines qu’ils auraient tous roulé sur des vélos stationnaires que je suis pas certain si on ne se serait pas plus amusés. Au moins le gros Cipollini serait encore là avec ses super habits de super héros. Mais non, à la place il faut supporter la victoire en plastique de Richard Virenque, qui en a mis plus que nécessaire et qui s’est emparé des cœurs français en ce 14 juillet. 200 kilos d’échappée, de la petite montagne et de la grosse, le petit français nous l’a joué comme à l’opéra, avec pas mal de maquillage et un peu de musique.

Aujourd’hui et bien pour faire différent c’est un petit Français tout propre dans une équipe toute sale (Cofidis – deux cas en supervision) qui s’est approprié le reste de gloire que le petit Richard avait pu laisser après sa « fabuleuse » victoire en montagne. Fabuleux est d’ailleurs le qualificatif le plus utilisé par le correspondant français et ancien coureur au Canal Évasion dont j’oublie le nom. Alors deux « fabuleuses » victoires de suites qui font du gros bien aux spectateurs qui ont sûrement l’impression de regarder une image tellement rien ne bouge.

Mais bon, ils nous ont promis de l’action dans les prochains jours alors si vous avez encore de l’espoir, regarder les étapes de demain et samedi. De la grosse montagne pour les grands garçons qui mangent leur céréales à saveur de cerises des bois tous les matins. Si ça n’explose pas dans ces deux étapes là, et bien je vous dis, ça finira comme ça a commencé. Armstrong en tête avec le reste en queue… On se croise les doigts.

“Ma petite entreprise…”

“…ne connaît pas la crise” fredonnait Lance Armstrong aujourd’hui. Et en sirotant un dry martini sur la terrasse du Petit Café St-Léonard, contemplant le Massif Central d’un oeil, et le jaune familier du soleil de l’autre, il devait bien se dire que tout allait comme sur des roulettes pour lui jusqu’ici.

C’est donc une journée de congé méritée entre la 8ième et la 9ième étape en ce lundi, alors que les coureurs tentaient de faire un bon rapport repos/bouffe avant d’entreprendre ce qui pourrait être la section la plus déterminante du Tour de France 2004.

Armstrong est fort, c’est Ullrich qui l’a dit aujourd’hui. Mais on peut se convaincre qu’il n’est pas trop mal en point lui non plus. Suffisamment pour aller chercher la minute qui les sépare ? On verra bien qui aura les meilleures jambes en montagnes. Et cette année, ça devrait exploser de partout. Voeckler, le jeune détenteur du jaune n’est pas trop un problème, mais quand même, dix minutes, c’est dix minutes. Mayo n’a plus rien à perdre. Comptez sur lui pour faire sauter la caisse dans les cols les plus difficiles. Et regardez Herras, et les petits soldats d’Hamilton, ça va faire cinq ans qu’Armstrong est le roi de la montagne et Ullrich n’est pas le seul a en avoir plein la casquette.

On se revoit en montagne. Et si on se perd, je vous attendrai en haut.

Au tournant de la première semaine du Tour…

…que doit-on retenir jusqu’à maintenant ? On crie contre les US Postals d’Armstrong, ces sangsues d’Américains qui sont maintenant partout et même dans un sport qui n’est pas le leur, on crie à l’injustice, au malheur de la compétition, à la fin du Tour. Ces satanés Américains n’ont pas assez de nous faire chier avec leur sale guerre qu’ils viennent en plus gagner les petites guerres chez les autres ?

Mais est-ce que l’on doit vraiment blâmer cette équipe sans erreurs, une armée complète de soldats prêts à mourir pour leur général qu’ils aiment tant ? Doit-on les blâmer pour avoir outrageusement remporté un contre la montre par équipe qui avait été soigneusement préparé, des mois auparavant, pratiqué et repratiqué et rerepratiqué, jusqu’à ce que le parcours soit parfait ? Armstrong est un perfectionniste et c’est la condition pour être un coéquipier du Texan. Pas d’être perfectionniste, mais d’être à l’intérieur de son perfectionnisme. Ne devons-nous pas plutôt blâmer les T-Mobile pour leur apparente absence de stratégie ? Pour la stupidité d’Ullrich qui n’a pas su imposer une équipe montée pour et par lui ? Pour ne pas s’être doté d’une équipe capable de rivaliser avec les Hincapie et Bletran ?

Le clm par équipe de mercredi à démontré que l’équipe américaine était la plus forte, la mieux préparée, équipiers, mécanos, directeurs et préparateurs. Il est normal que l’on retrouve à près d’une minute d’Armstrong le pauvre Ullrich qui, si ce n’avait été de ce stupide nivellement des écarts, en aurait pris beaucoup plus dans la gueule que ce mince 40 secondes.

Et en plus, il ont été chanceux les Postals. Pas de chutes graves, ni de crevaison, ni rien. Mais la chance se prépare vous savez. Demandez le à Mayo. Les 4 minutes qu’il ne digère pas encore sont le lot d’une équipe mal préparée. Que faisait donc son directeur sportif pour qu’à moins de 4 km du premier secteur pavé, les Eukatels n’avaient rien de mieux à faire que de licher les fonds de tiroir derrière un peloton tellement nerveux qu’ils ont pissé dans leur maillot tout le long de l’étape ?

Les gens de La Flamme Rouge s’indignaient aujourd’hui face à cette domination des Américains. Dopés qu’ils disent. Mais tous les coureurs le sont. On comprend l’indignation mais ce sport est un sport de commandite et de vitesse. Ils sont dopés et le seront tant et aussi longtemps que le peloton aura besoin d’aller à la vitesse de la commandite. Si vous doutez de la vitesse nécessaire pour attraper une commandite, demandez à Paul Martin, il vous dira à quel point ça roule vite, les commandites.

En attendant, ne manquer surtout pas la deuxième moitié de semaine prochaine : le début des montagnes. Ça ne se jouera pas là, mais au moins, on saura où le Tour s’en va.

Le train de la poste américaine

Étape 4 – CLM par équipes – Ce cowboy n’arrête jamais. On le croît mort, ou on le souhaite, c’est au choix, et il nous revient en force. Comment décrire le contre-la-montre d’aujourd’hui ? Frustrant ? Peut-être, tout dépend de la place qu’a Lance Armstrong dans notre coeur.

Personnellement, je préfère Ullrich. Parce qu’il a des problèmes de poids, parce qu’il est tout plein de talent, parce qu’il est l’éternel deuxième et qu’il m’apparaît un peu plus humain. Et aussi parce qu’il roule sur du gros braquet. Ça donne une impression de puissance. La puissance, c’est la plus grande qualité dans une étape comme celle de ce matin.

Finalement sur les 64 kilomètres sous la pluie, tandis qu’au premier temps de passage on croyait les Postal dans une mauvaise journées à près de 40 secondes des Baléars (meneurs au premier intermédiaire), les cheveaux de traits du favori se sont mis à galoper en un train d’enfer ( tout près de 54 km/h de moyenne) pour prendre au final pas moins de 1’ 07 secondes sur les Phonak d’Hamilton et surtout, surtout 1. 19 sur les T-Mobile d’Ullrich.

Quoi retenir ? Une course parfaite pour les US Postal. Pas de crevaison, un seul homme lâché en début sans conséquences. On les croyait mort en début de parcours ? Il est pas con Armstrong, qui connaît son groupe par coeur, et surtout qui connaît bien la course. À quoi bon tuer son groupe dans les premiers kilomètres quand on sait que le plus dur est de tous les tenir à une vitesse démente ? Nous, les cons, tandis que l’on jubilait au passage du premier intermédiaire, Armstrong, lui, s’est levé, comme Papa Noël le 24 décembre au soir et à crié fort « Allez Hincapie ! Allez Ekimov ! Allez Landis et tous les autres ». Et ils ont volé les rouleurs, aussi vite que le vent. Et paf, premier coup de pistolet dans les jambes de ses colistiers, aspirant à la redinguote jaune.

Et les autres, on retient quoi des autres ? Des autres, on retient surtout la veine des Postal, encore eux. Les T-Mobile, crevés deux fois. Les CSC, chute et crevaison et les Phonak qui finissent à cinq coureurs, la limite permise. De très bonnes conditions dans les circonstances d’une pluie battante. Mention plus qu’honorable au Illes Balears – Banesto de Menchov, une troisième position plus que méritée et surtout inattendue.Ils ont tous fait de leur mieux, mais leur mieux n’arrive pas à la cheville d’une équipe américaine en forme comme elle l’était aujourd’hui.

Maintenant, on se demande s’il y a encore un Tour… 55 secondes au cumul pour Armstrong sur Ullrich, ça paraît bien peu, mais sur roue, c’est un monde. Mais le tour n’est pas joué, loin de là. Il nous reste les étpaes de montagnes qui vont casser les plus fragiles, et les deux dernier CLM individuels, dont le dernier, à la veille des Champs-Élysées, qui fait peur. Vraiment, si aujourd’hui Armstrong a démontré que son armée était la plus forte, il restera à voir qui sera le général le plus stratégique lors des batailles individuelles. Là-dessus, avantage Armstrong. Encore une fois.

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